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Raphael dans les étoiles… (Studyrama)




Le petit prodige de la chanson française, couronné par le succès éclatant de Caravane, avec 2 millions d’exemplaires vendus, sort un 4e album studio au succès déjà annoncé. Studyramag l’a rencontré de manière informelle dans un grand hôtel parisien.

Dominique Mesmin




Comment s’est déroulée l’écriture de cet album ? Était-ce un processus spontané ou plutôt intellectuel ?
En général, je n’ai aucune vision sur la direction musicale ou artistique avant la fin du projet. Quand je compose une chanson, je ne sais pas de quoi elle va parler. Cela s’apparente à de l’écriture automatique. Je travaille beaucoup sur les rêves, les associations d’idées donc sur de la matière brute. J’essaye d’articuler le tout par la suite. Cela doit être psychanalytique. Je ne m’assieds pas à une table en me creusant la tête. Cela se fait en voiture, sur un coin de table, à un feu rouge…

Dans quel état d’esprit composes-tu ? Te faut-il un contexte particulier ?
Il y a une mécanique qui se met en marche dans certaines circonstances. Il ne faut pas avoir un million de trucs à faire. Quand je suis trop reposé, cela ne mène nulle part. Pour avoir des visions, des idées, une sensibilité, il faut que je me lâche. Si tu as picolé la veille alors cela aide. Comme le manque de sommeil. Je recherche parfois ces états et pendant 3 jours il se passe quelque chose. Quand tu es dans l’écriture, le temps perdu ne l’est jamais vraiment. Avec l’entrée en studio, il y a une sorte d’échéance et il faut faire le tri dans les bouts de morceaux. Je cherche une cohérence, mais tant que les musiciens n’ont pas joué je ne sais pas à quoi va ressembler le morceau. Si tu mets 4 mecs ensemble dans une pièce, ils n’ont qu’une envie, se découvrir et jouer ensemble. Des fois, c’est productif, des fois cela ne colle pas. Les textes, je les termine en studio. C’est très impressionniste comme approche. Visconti, mon producteur me disait qu’à l’époque Bowie n’avait pas d’idées, il improvisait et découpait les morceaux. Et puis, il y a la méthode Bashung qui rentre en studio sans rien et Christophe qui lui bosse tout le temps chez lui. Le risque est de sans cesse vouloir améliorer et donc de ne jamais finir.

Gérard Manset, Stephan Eicher, Richard Kolinka, Tony Allen, Mino Cinelu… il y a du beau monde sur cet album…
Dans le casting des invités, il n’y a pas une personne que je regrette. Je suis fan de Visconti et de Toots Hibbert (The Maytals) depuis que j’ai 16 ans. Je l’ai rencontré à Solidays et j’ai écrit une chanson pour lui, en français et en anglais. Comme je ne me sentais pas de la chanter, je lui ai naturellement proposée. Mes goûts musicaux vont du rap à Bob Dylan ou à Leonard Cohen.

Quels seraient tes mots-clés pour définir ce disque ?
Vitesse folle, quête des origines et intimité.

Avec des titres comme « Adieu Haïti », « Le petit train », « Les limites du monde », « Transsibérien ». Je pensais plutôt au voyage et au mouvement…
Oui c’est vrai. Cela a toujours tourné autour de cela. Voyager est l’un des trucs les plus réconfortants pour moi. En 4 heures, tu peux être dans une autre peau, un autre monde. Même quand je ne pars pas, je sais que le dépaysement est à portée de main et cela me soulage. Cette année, j’ai été à New York plusieurs fois et au Japon qui m’a rendu complètement dingue. Je vais essayer d’aller à Haïti et Cuba. J’ai envie de retourner en Égypte car j’ai lu un truc de Flaubert sur ce pays. C’est passionnant, réconfortant. Le voyage est le seul moment où je suis heureux dans le présent. C’est une sorte d’abandon qui n’est pas liée au fait d’être anonyme mais plutôt d’être en dehors de tes repères. Il y a très peu de temps, j’étais également anonyme à Paris. Les premières dates de tournée vont se faire à Madagascar avec des répètes de 10/ 15 jours. Grâce à l’Alliance française, on va aussi faire des concerts à Phnom Penh, voire en Thaïlande.

D’où te vient l’inspiration de tes textes ?
La majorité du temps, je m’appuie sur des petits trucs que j’écris. Parfois, je termine un texte d’une traite mais c’est rare. Souvent, j’arrive avec quelques mots et je brode autour de cela. J’ai écrit des poèmes tout l’été. J’ai pris vachement de plaisir car ils existaient par eux-mêmes. Je n’avais pas à chercher à les mettre en musique un jour. Au final, j’en avais 20 ou 30. C’est un autre monde. Peut être que j’en ferais un truc. J’ai toujours été attiré par la poésie. Je suis sensible à Rimbaud, Apollinaire ou Nerval. Côté littérature, je n’ai jamais essayé, mais j’aimerais bien écrire un conte. Je suis musicien donc si je n’ai rien à faire, spontanément, je prends la guitare, mais je n’ai pas cette pulsion vitale et nécessaire de me mettre à rédiger.

Pourquoi le choix de Tony Visconti ?
J’ai écrit des chansons et je voulais un arrangeur comme Visconti, dont j’aime le pedigree. Je lui ai envoyé et il a aimé. Il a fait des propositions constructives. C’est le mec le plus attachant et simple que j’ai rencontré à ce niveau. C’est l’anti Phil Spector. Une gentillesse naturelle, sans avoir une haute idée de lui-même. Il fait cela pour le plaisir de la musique.

Y avait-il une pression supplémentaire pour cet album suite au succès de « Caravane » ?
Caravane a été un très gros succès commercial mais, à aucun moment, je n’ai été paralysé par cela. Ce disque n’était pas indépassable en termes de chansons, de mélodies. Sa popularité ne m’a pas écrasée. Je voulais juste ne pas faire la même chose. Il ne dure que 35 minutes, mais j’aime bien cela. J’ai même failli faire plus court. J’ai quelques chansons en plus. Peut être qu’un jour j’y reviendrai. Parfois, je rechape des vieilles idées. J’aime bien les disques courts car cela me rappelle les vinyles de mon adolescence. Ceux de Lou Reed, Bowie, ils ne durent pas longtemps, mais ils vont à l’essentiel.

Des projets de concerts ?
Je vais éviter une tournée marathon en choisissant des salles plus grosses pour satisfaire tout le monde. Je suis excité parce que je veux absolument présenter cet album au public et réinterpréter mes chansons. Je veux les réinventer.

http://www.studyrama.com/article.php3?id_article=34371


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